Inspiré de l’un des films les plus achevés et les plus intimistes de Pedro Almodovar, Hable Con Ella (Parle avec Elle), ce blogue est avant tout dialogue. Avec une femme, bien entendu. Histoire d’amour, de trahison et de déshonneur. Patiemment conçu, élaboré et tissé il sera, c’est l’intention, viral. Mon salut est là : dans le dialogue, même fictif, avec celle que j’ai furieusement aimée et qui m’a si profondément abusé. Avec une femme qui, aux premiers abords, est formidablement douée pour la vie alors que j’apparaissais souvent son opposé. C’est se méprendre. Totalement.
Un concept publicitaire inédit
À l’automne 2016, alors que ma peur panique s’est partiellement dissipée, voilà que tes collègues et toi produisez et diffusez ces publicités aux heures de grande écoute sur les grandes chaînes de télé (voir au bas de la page).
Dans le pire des scénarios, tu as initié ce projet publicitaire. Au mieux, tu l’as cautionné. Pourquoi as-tu fait ça? Mais pourquoi donc?
Mes suspensions, mes humiliations, ma séparation, ma dépression et mon exil ne t’auront donc pas suffi? Quand on songe aux coûts de production et au budget nécessaire pour la diffusion de ces publicités sur toutes les chaînes de télé, fallait avoir un sacré sens de l’acharnement et une sordide intention. Véritable terrorisme émotif qui, ici comme ailleurs, n’est jamais dénoncé. Ce n’est pas dans l’air du temps. Et pourtant, tous les hommes qui ont lu le récit Elle se sont reconnus dans cette histoire.
Quant à ces publicités mensongères, odieuses et diffamantes, elles sont le fruit du travail d’un impitoyable groupe d’hystériques. Vous avez tellement cassé de sucre sur mon dos après mon départ qu’il vous est sans doute apparu normal et légitime de propager un mythe urbain : Bernard, une brute épaisse, « qui aime régler ses affaires avec ses poings ». Puis Julie, cette petite brunette charmante et réservée, qui avoue candidement « avoir un penchant pour les plus âgés. »
Des personnalités à l’opposé du réel. Car tu tiens bien plus de la « fille qui tangue » que d’une bibliothécaire. Fan avérée des salons de bronzage, de Britney Spears, du Beach Club et des formules tout-inclus bon marché, tu m’as un jour susurré à l’oreille de ta voix amusée : « Ma sœur pis moi, quand on sort, on s’habille super sexy pis quand on passe devant un door man,je m’arrange pour qu’il puisse bien voir mon string, mon nombril pis mon piercing avant de m’installer au bout du line up.Chaque fois, ça marche. Il vient nous trouver pis y nous fait passer devant toutes les grosses pis les moches du line up. On rentre drette devant tout le monde. Moi ça me rend hot pis willing. Je sais que pour finir la soirée j’aurai à choisir entre plusieurs beaux gars musclés avec des colliers en boules de bois. »
Guidé sans doute par un lointain atavisme, j’ai répondu : « Et bien ma chère je te souhaite de beaux orgasmes. » Tu m’as alors candidement remercié, comme si je t’avais souhaité bon voyage, bonne journée ou bonne chance. Le timbre de ta voix si calme, si placide, presque bienveillant m’a littéralement désarmé. Tu m’avais pris au pied de la lettre sans saisir le cynisme de mes vœux. « De la classe comme dans Santa Claus », dira l’un de nos collègues à ton sujet.
Pendant ce temps, je lisais Proust, Camus, Grandbois, Breton. Une vraie brute, y’a pas de doute. Mais comment qualifier une nubile exerçant un pouvoir diabolique par sa seule sexualité et sans se soucier d’autrui? À toi de trouver le mot juste.
J’écris par ailleurs sous un pseudonyme afin de préserver notre anonymat. Prudence de bon aloi, car tu as la curieuse habitude de te réfugier derrière quelqu’un une fois que tu as mis le feu et comme ton employeur est une société d’État milliardaire et querelleuse, elle aurait tôt fait de mettre à ta disposition les plus prestigieux cabinets d’avocats et ce même si j’ai fait appel à des médiateurs et des conciliateurs qui se sont butés à des portes closes.
La fixation narcissique
Tu fus l’unique hédoniste dont j’ai croisé, un jour, le chemin. Vous, hédonistes, éprouvez bien vite la vacuité d’une existence centrée sur les plaisirs charnels et par les diverses formes de débauche – ou par la seule évocation de celles-ci. Ce trait de caractère se double, chez toi, d’une fixation narcissique perverse. Tableau complexe et indécodable, oscillant sans cesse entre l’impudeur et la fausse naïveté, entre le peut-être et le jamais.
Vous, hédonistes et personnalités narcissiques perverses, tentez de combler votre existence dépourvue d’empathie avec ce qui vous tombe sous la main : le conflit délétère et le chaos de sentiments abjects. Tu as ainsi ruiné ma vie monochrome avec une grossière indifférence et une impitoyable cruauté.
Ma réalité est ainsi devenue une plaie inguérissable. Il eut mieux valu me réfugier dans le mensonge, le déni et la calomnie comme tu le fais si bien. J’ai plutôt cherché à reconstruire morceau par morceau l’être humain que tu as perfidement détruit. Je pensais réussir grâce au pouvoir rédempteur des mots et au réconfort de la bienveillance. Mais je n’y parviens pas. Mes souvenirs de ta beauté peuplent toujours mes nuits, déchirent mon corps et dévorent mon âme.
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